La morosité persiste sur le marché de la vente de musique en France
A l’heure même où les débats parlementaires sur le téléchargement illégal ne sont toujours pas clos un rapport publié par le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep) vient remettre de l’huile sur le feu. En sept ans l’industrie du disque a subit une baisse constante et rythmée de ses revenus. Depuis le premier trimestre de l’année 2002 le secteur a ainsi perdu près du tiers de sa valeur. Les chiffres communiqués par le SNEP sur les trois premiers mois de cette année ne semblent pas plus encourageants. Si le déclin des ventes physiques de musique sur CD ou DVD est bien connue de tous la contagion semble désormais se propager aux ventes numériques. Les premières victimes de cette morosité ambiante sont la musique classique avec une baisse de 16% et la variété francophone qui accuse une perte de 26%. La variété internationale quand à elle parvient à conserver des revenus sables.
Le bilan de ce début d’année est loin d’être rassurant pour l’industrie du disque. Bien qu’accoutumés à une baisse de 15% à 20% par an les professionnels de la musique n’en demeurent pas moins inquiets et exaspérés. Au premier trimestre 2009 l’activité atteint un chiffre d’affaire global de 118,7 millions d’euros. En comparaison avec la même période de l’année 2008 la baisse enregistrée se monte à 16,4%. Les ventes physiques de disques connaissent un relatif rebond. Avec un recul de 18,5% les résultats apparaissent moins catastrophiques que ceux de 2008 et 2007. Les ventes de CD et autres DVD musicaux avaient régressé respectivement de 23% et 25% ces deux années là. Ce bilan reste tout de même à relativiser. Les sommes en jeu sont bien loin d’atteindre les quelques 305 millions d’euros gagnés par la profession sur les trois premiers mois de 2002 soit une perte de 67% en l’espace de sept ans.
Si l’effondrement du marché sur support physique est un fait bien connu de tous la surprise vient plutôt des ventes numériques. Pour la première fois de son histoire cette activité connaît un sensible recul. Ce secteur qui représente seulement 15% du marché musical annonce un chiffre d’affaire de 17,6 millions d’euros au premier trimestre 2009. Si les téléchargements légaux continuent de progresser avec une hausse de 13%, les ventes de musique sur téléphone mobiles reculent de leur coté de 46%. Le mauvais résultat de ces dernières abaisse les revenus de ce type d’activité de 1%. Les ventes de sonneries de téléphone et autres vidéos semblent délaissées par les consommateurs. Effet de la crise économique ou lassitude de ce genre de produits les conséquences sur ce secteur n’en demeurent pas moins immédiates. Au premier trimestre 2008 près de 55% des ventes numériques s’effectuait via un téléphone portable. Ce même chiffre retombe à 30% en ce début 2009.
Au niveau du marché mondial la place occupée par la France n’a rien de glorieux. Selon les chiffres communiqués par l’International Federation of Phonographic Industry (IFPI) le chiffre d’affaires de l’industrie du disque Français atteignait près de 1 milliard d’euros en 2008. En terme de part de marché la France en recouvre seulement 5,7%. Notre pays est le troisième derrière les USA et l’Italie à enregistrer la plus forte baisse par rapport à 2007. Cette année là les bénéfices à l’export représentait 1,2 milliard d’euros pour 6% de part de marché soit une perte de 13,4% sur les deux ans. Le Japon est le seul pays bénéficiant d’une évolution positive. Affichant 22,3% de part de marché il semble avoir réussit le pari de la reconversion au numérique avec près de 22% de ventes dans ce seul secteur.
A la lumière de cette analyse on comprend aisément la volonté de la part du SNEP de voir enfin une loi sanctionner le téléchargement illégal. Les attentes envers la législation sont nombreuses mais il reste à déterminer si les textes de loi auront les effets tant espérés. Le marché du disque doit également évoluer avec son temps et s’appuyer sur la technologie numérique pour progresser dans le bon sens. Certaines offres comme l’écoute en continu que l’on nomme streaming affichent par exemple des résultats très encourageants. Ce mode de distribution musicale qui se rémunère via de la publicité ou des abonnements a vu son chiffre d’affaire multiplié par cinq en un an pour atteindre les 4,3 millions d’euros. Même si cela paraît bien peu par rapport aux revenus des autres secteurs d’activités il faut garder à l’esprit que le streaming n’en est qu’à ses balbutiements et qu’il est encore peu connu du grand public.
Source : La Tribune

